Vous devez souvent être comme nous, agacées par la confusion faite dans les revues de décoration et les magasins, entre boutis, piqué, trapunto et quilt, sans parler de la couverture molletonnée piquée à grands points et vendue à bas prix (même pas le prix des fournitures de nos quilts confectionnés avec patience et savoir-faire !).

     Le piqué de Marseille n’est pas le boutis provençal.

      Pour les couvertures piquées, on tendait sur un cadre en bois 3 couches superposées :

  • la doublure
  • le rembourrage
  • la toile de dessus (percale de coton ou indienne)

    Le matelassage au point avant cousait ensemble les 3 épaisseurs selon un décor de piquage préalablement dessiné sur l’étoffe supérieure : décor simple, souvent des lignes parallèles formant carrés, losanges et chevrons.

    La richesse des couleurs et la complexité des motifs des indiennes rendaient inutile un matelassage plus élaboré qui aurait été quasi imperceptible.

     Pour le trapunto, le matelassage, dessiné au préalable sur le tissu du dessus se fait traditionnellement sur les 3 épaisseurs (dessus, molleton et doublure légère type toile à beurre) puis certains éléments sont mis en relief  par un rembourrage supplémentaire.

    Quant au boutis, dit broderie emboutie ou au boutis, 2 étoffes seulement étaient superposées sur le métier en bois, celle de dessous, plus grossière que celle du dessus.

    Celle de dessus était une toile de coton très fine (ou de soie unie), presque toujours blanche (batiste), parfois bleu indigo ou jaune d’or.

    Le dessin choisi  était très soigneusement reporté sur l’étoffe de dessus à l’aide d’un poncif perforé. Les deux étoffes étaient ensuite piquées ensemble, à l’aide de petits points tout d’abord arrière, puis avant à partir de la seconde moitié du 18ème siècle, d’une finesse et d’une régularité incroyables.

    Dans les plus anciens boutis, appelés boutis vermicelle, le dessin ainsi délimité était mis en relief à l’aide de fines mèches de coton glissées entre les coutures sur l’envers du travail  avec une longue aiguille flexible.

       Le travail au boutis était  réservé aux vêtements et aux couvertures d’apparat.

    Il ornait les objets de luxe, qui n’étaient sortis des armoires que pour des occasions exceptionnelles (mariages, baptêmes).

    Les jeunes filles provençales brodaient au boutis des pièces de leur trousseau, comme leur jupon de mariage, le plus bel ornement de la toilette de la mariée, porté sous la robe que l’on retroussait sur un côté pour le mettre en valeur ou le pétassoun, petite couverture de protection pour porter leur futur bébé.

     Les motifs dessinés avaient tous une symbolique, en voici quelques exemples 

  • abeille : ordre, ardeur, courage
  • chêne : force
  • colombe : amour tranquille
  • coquille : hospitalité  (St Jacques de Compostelle)
  • couronne végétale : porte bonheur
  • épis : richesse
  • miche de pain : abondance 
  • etc.