Quilts de bienfaisance, quilts de l’amitié, quilts signatures.

Le patchwork se lit, il devient une langue de signes, et un parallèle entre couture et écriture est alors possible. Les quilts se lisent comme des albums : chaque motif est particulier et a un sens.

Les quilts sont souvent signés, datés, avec des inscriptions et des anecdotes pour leur transmission.

Les rassemblements de femmes dans les quilting bees sont devenus des espaces de parole, des moments de prise de conscience et d’expression politique, un espace de liberté.

Vers 1830/1840, commence la grande ruée vers l’ouest. C’est cette émigration qui contribua à populariser le quilt de l’amitié et ce n’est pas un hasard si la grande période de fabrication de ces quilts se situe entre 1840 et 1870 alors que familles et amis se séparaient pour toujours.

A l’origine, les quilts albums ou les quilts de l’amitié étaient offerts par les membres d’une famille ou par un groupe social à une personne pour commémorer un évènement marquant : départ d’un pasteur, naissance, majorité d’un garçon, mariage ou décès.

Avec l’émigration, les quilts de l’amitié deviennent des quilts mémoire et acquièrent une valeur sentimentale et affective au-delà de sa fonction première de courtepointe. Famille et amis se réunissaient pour réaliser un quilt rassemblant des tissus découpés dans des vêtements de parents proches ou défunts. Ils étaient embellis et souvent brodés ; une signature, un poème, des versets bibliques étaient brodés, tamponnés ou écrits à l’encre indélébile. On utilisait également des pochoirs pour reporter de belles signatures sur l’étoffe et certaines communautés faisaient appel à leur meilleur calligraphe pour dessiner toutes les signatures. Le jour du départ, ces femmes emportaient ce quilt, seul lien et souvenir qui les unissait à leur passé.

On envoyait aussi par la poste à sa fille, à sa mère ou à une amie, des carrés de patchwork à assembler et les inscriptions rappelant un décès n’étaient pas rares.

Bien que les termes de quilt album et de quilt de l’amitié soient souvent employés indifféremment, de subtiles distinctions les séparent.

  • Les quilts de l’amitié sont composés de carrés aux motifs identiques ; certains sont ornés d’inscriptions ou de signatures.
  • Le quilt album, quant à lui, est composé de carrés aux motifs tous différents ; il peut être appliqué, assemblé et il est signé mais pas nécessairement dans tous les carrés. Le quilt album porte également le nom de quilt de présentation, de fiançailles, voire de liberté selon le sentiment ou l’occasion qui l’a inspiré. Ils ont été réalisés à partir de 1840 en Pennsylvanie et au Maryland, mais entre 1846 et 1852, Baltimore fut le centre incontesté du quilt album même si d’autres régions en ont adopté le genre.

L’album d’autographes, relié en cuir, très en vogue à l’époque, a très certainement inspiré les quilts albums. Des magazines publiaient des poèmes à consigner qu’on retrouve dans les quilts de l’amitié.

Les quilts de bienfaisance ou de charité procèdent des quilts albums et d’amitié.

Des groupements de femmes se constituent et deviennent des écoles ménagères offrant une formation en arts ménagers et surtout en couture. Elles encouragent chez les jeunes la fabrication de courtepointes. Des concours sont organisés à l’échelon provincial puis national et favorisent le développement économique de la femme par le biais de la promotion et de la vente de courtepointes aux particuliers puis rapidement au profit de plusieurs causes charitables. Souvent la Croix Rouge coordonne. De nombreux groupes de femmes tricotent et fabriquent des courtepointes et des pansements pendant les périodes de guerre mais également pour venir en aide aux victimes de désastres (incendie, sécheresse, inondations…).

Des souscriptions étaient lancées et les gens payaient pour que leur nom soit ajouté sur un quilt mis ensuite aux enchères ou tirés au sort (moyen de pression pour que tous participent, un nom absent était vite remarqué !). On peut ainsi avoir plusieurs noms sur un bloc et même des noms d’hommes.

Pendant la seconde guerre mondiale, la Grande Bretagne a été confrontée à de nombreux problèmes de pénurie suite aux bombardements. Les Canadiennes ont répondu à ce besoin en envoyant par le biais de la Croix Rouge, des centaines de milliers de quilts chauds, confortables et colorés.

En 2011, l'opération 1 000 quilts pour le Japon a connu un succès énorme et les objectifs ont été largement dépassés, preuve que les patcheuses sont toujours aussi généreuses.

Sources :

-    "Les Nouvelles, patchwork et art textile" n° 105, 106 et 107

-    Au pays des quilts, Roderick Kiracope et M. Élisabeth Johnson, éd Flammarion

-    Courtepointes anciennes de la Nouvelle-Ecosse, Scott Robson et Sharon Mc Donald

-    Quiltmania numéros 75, 91 et 96