29 avril 2014

Hexagones et Jardin de fleurs de Grand Mère

Jardin de Fleurs de Grand-Mère nous vient des Etats-Unis, mais avant, en Grande Bretagne, le motif de l’hexagone a donné naissance à un style international de patchwork géométrique.

C’est un des motifs les plus anciens qui est resté populaire le plus longtemps et qui fut décliné de façons différentes selon les périodes et les pays.

C’est une forme qui paraît simple car géométrique, mais quand on souhaite construire un ouvrage à partir de tissus assemblés, on est le plus souvent confronté à la régularité des hexagones et de leurs angles.

Les Anglaises semblent avoir résolu ce problème technique dès le 18ème siècle en découpant tout d’abord un gabarit de papier ou carton autour duquel chaque morceau de tissu est replié sur lui-même avant d’être cousu à ses voisins. Ces minuscules papiers transmettent de nombreuses informations : la langue utilisée, des dates, des renseignements sur la créatrice ou sa famille. Les classes supérieures réalisent des patchworks complexes parfois d’une seule pièce de tissu ou d’appliqués.

La révolution industrielle de la fin du 18ème siècle a amené des tissus de coton à la portée des gens ordinaires en Grande Bretagne.

La fabrication des quilts et couvre-lits est ainsi descendue dans l’échelle sociale.

A partir de 1780, les usines du N.-O. de l’Angleterre produisent de grandes quantités de tissus avec des motifs différents y compris des semis de petits motifs imprimés au rouleau, particulièrement appropriés pour les hexagones. La couturière expérimentée pouvait réaliser de nombreux motifs et assemblages en utilisant les couleurs et imprimés des tissus et en juxtaposant soigneusement 6 petits hexagones autour d’un motif hexagonal central : la rosette d’hexagone était née,  invariablement réalisée avec des gabarits de papier. Plus tard, l’hexagone se développera en unités ayant la forme de losange. La fabrication de rosettes d’hexagones est un travail d’aiguilles aisément transportable et pouvait donc être apporté par les quilteuses à des rencontres sociales et autres réunions.

Entre les 2 guerres, le Women’s Institute organisa des cours et expositions dans lesquels il était totalement contraire aux principes d’acheter des tissus neufs au mètre pour ensuite les découper en petits morceaux. Seules des chutes de tissus anciens ou récents, des restes d’autres travaux d’aiguilles, devaient être utilisés.

Dans ses recherches, Janine Janière a  retrouvé des patchworks anciens d’hexagones en France, en Suisse et dans les pays du Nord. Dans les patchworks français des motifs de toile de Jouy, de Mayenne et de Normandie étaient souvent incorporés dans les hexagones ou pour la rosette entière.

Les émigrations vers les Etats-Unis ont favorisé le développement des quilts. A partir de 1820 sont retrouvés plusieurs couvre-lits ni ouatés, ni piqués, en mosaïques d’étoffes qui ressemblent fort à leurs ancêtres ou contemporains anglais, par la technique d’assemblage, la composition du dessin et les tissus utilisés. Mais, peu à peu, les Américaines se sont détachées du style européen et ont abandonné le gabarit de papier. Elles ont confectionné leurs quilts en assemblant les bouts de tissu bout à bout au point avant, méthode plus rapide et plus adaptée à leur vie laborieuse.

Le grand retour de l’hexagone en Amérique date des années 1930 où il devint le motif favori de toutes les quilteuses et passa à la postérité sous le nom de "Jardin de Fleurs de Grand-Mère". Des centaines de milliers de ces quilts furent réalisés aux 4 coins du continent mais sans gabarit de papier.

Quand l’Australie était anglaise, une colonie pénitentiaire britannique y fut installée dans le but de la peupler. Pendant les longs mois de voyage, des dames accompagnantes enseignaient le patchwork aux condamnées déportées et, en fin de voyage, leurs travaux étaient vendus. Les épouses des hauts fonctionnaires ont participé également à l’introduction du patchwork mais utilisaient des tissus de soie, velours ou taffetas.

Les dames anglaises ont ainsi exporté leur amour du patchwork simultanément vers le continent américain et vers leurs colonies.

La technique d’assemblage est le gabarit de papier et le motif commun à tous les pays au début est l’hexagone, d’ailleurs devenu synonyme de patchwork en Grande Bretagne. Les quilts étaient rarement molletonnés ni piqués mais doublés voire bordés.

Sur 300 ans d’existence, l’hexagone connut 2 carrières :

- celle de la mosaïque élitiste à l'anglaise 

- celle du "Jardin de Fleurs de Grand Mère" populaire des Américaines.

Et c'est grâce à elles que depuis 1972, le monde découvre ou redécouvre le patchwork.  

Du coup les Françaises se sont penchées à la recherche de leur patrimoine oublié et de nombreuses pièces commencent à refaire surface.

L’hexagone est toujours utilisé mais dans des compositions originales, recherchées, qui marqueront peut-être notre époque.

Ce texte est composé à partir d’extraits du livre "Mosaïque d’étoffes, à la recherche de l’hexagone" de Janine Janière, édité par le département de Seine-Maritime / 2003.

Ce n’est qu’un petit aperçu de ses recherches  et nous vous recommandons vivement la lecture de son livre.

Posté par delegationdu63 à 20:35 - - Permalien [#]